Pourquoi la politique de l’emploi ne marche pas.

Par Patrick Daymand (patrick.daymand@wanadoo.fr  T: 06 85 20 54 28).

Certains s’étonnent encore de l’augmentation du nombre de chômeurs de catégorie A, plus particulièrement chez les seniors et les jeunes diplômés alors que tous les autres pays européens voient leur situation s’améliorer.

Pas moi.

Cela fait des années que je prêche dans le désert en disant que la politique de l’emploi actuellement en vigueur, n’a aucune chance de fonctionner.

Cette politique est exactement la même, quels que soient les gouvernements, de droite ou de gauche, depuis Lionel Jospin.

Si elle avait dû fonctionner, il y a longtemps qu’elle aurait produit des effets.

Et quand une solution ne fonctionne pas, il est souhaitable de rechercher d’autres solutions.

Comme disait Einstein : La définition de la folie, c’est de refaire toujours la même chose, et d’attendre des résultats différents. 

A ce compte-là, il faut croire que les responsables politiques sont fous.

Ou alors, qu’ils savent parfaitement que leurs politiques n’ont aucune chance de fonctionner mais qu’ils n’aient rien de mieux à proposer.

 Le poids des partenaires sociaux

En réalité, ils se contentent de déléguer la gestion de l’emploi et de la formation continue aux partenaires sociaux qui n’ont aucun intérêt à prendre le problème à la racine.

Pas plus les organisations patronales qui trouvent certains avantages au sous-emploi.

Que les organisations de salariés qui s’intéressent plus au sort de leurs adhérents, c’est-à-dire les salariés des grandes entreprises et de la fonction publique, qu’aux demandeurs d’emploi ou aux salariés des TPE qui ne sont guère syndiqués.

Les commissions paritaires qui décident de l’emploi des milliards de la formation continue utilisent délibérément ces fonds à leur propre profit :

  • En privilégiant les organismes de formation qu’ils contrôlent.
  • En s’en servant pour réduire le coût du travail (alternance).
  • Et en privilégiant les formations qui les arrangent (formation qualifiantes et certifiantes).

Au point qu’il est devenu impossible aux organismes qui ne jouent pas le jeu d’obtenir des financements.

Alors que ceux qu’ils ne contrôlent pas directement et qui acceptent néanmoins de jouer le jeu, ne reçoivent que la portion congrue.

Reste qu’une partie des fonds, les fonds européens, sont gérés par les Conseil régionaux qui pourraient faire preuve d’originalité et orienter leurs dépenses différemment.

Mais eux-aussi s’en remettent aux partenaires sociaux et plus particulièrement aux organisations patronales pour orienter l’utilisation des fonds.

On pourrait penser que c’est logique puisque, après tout, ce sont les entreprises qui créent les emplois.

Mais, je vous le demande : Quel intérêt ont les entreprises au plein emploi ?

Leur intérêt, particulièrement celui des grandes entreprises qui contrôlent la plupart des branches professionnelles, est ailleurs.

Elles souhaitent des salariés qualifiés.

Dont elles n’ont pas à financer elles-mêmes la formation, c’est encore mieux.

Et qui ont suffisamment peur de perdre leur emploi et d’avoir du mal à en retrouver un autre pour accepter des salaires insatisfaisants et des exigences de plus en plus grandes de la part de leurs employeurs.

Et pour ne pas courrir le risque d’être accusés de cynisme, les responsables de ces organisations ont développé, ou fait développer par des experts à leur solde, des théories qui justifient leurs positions.

Les mythes qui sous-tendent la politique de l’emploi.

Quand je dis théories, je devrais dire mythologies.

Lesquelles arrangent les politiques en leur fournissant des excuses à l’inefficacité de leurs politiques pour l’emploi.

Voyons en quoi elles consistent.

  • Pas d’emploi sans croissance. La France est pénalisée par le faible taux de croissance mondiale. Le moins qu’on puisse dire est que l’excuse à beaucoup servi. Mais qu’elle devient difficile à accepter dès lors que tous les pays européens font mieux que la France en termes de réduction du taux de chômage (je n’ai pas dit en valeur absolue).

C’est une assertion dont la vérité est toute relative car même sans croissance globale, la croissance d’un pays peut être soutenue par ses exportations. Ou par une meilleure couverture des besoins du marché domestique par ses propres entreprises. Et je ne parle pas ici de protectionnisme ni de préférence nationale, n’en déplaise au FN, mais de performances des entreprises.

  • L’emploi est conditionné par le coût salarial.

Autrement dit, les salariés français sont trop chers.

C’est vrai mais le coût du travail n’est pas sensiblement inférieur en Allemagne.

Et il est considérablement plus élevé en Suisse.

Pourtant l’un et l’autre de ces deux pays ont une balance commerciale très excédentaire, alors que la nôtre est très (et de plus en plus) déficitaire

Et ces pays ont, par ailleurs, des taux de chômage très inférieurs aux nôtres.

La vérité serait plutôt que les entreprises françaises sont peu performantes à l’export.

Je ne parle pas des grands fleurons de notre industrie qui réussissent bien à l’international. Mais ces succès s’accompagnent de plus en plus souvent d’obligations de produire sur place et n’ont donc qu’un impact marginal sur l’emploi en France.

En la matière, ce sont plutôt nos PME qui manquent de dynamique. La cause venant en premier lieu de leur niveau de développement. 94,3% des entreprises françaises ont moins de 10 salariés contre 80% en Allemagne.

Ça n’a l’air de rien mais c’est une différence colossale car les TPE sont insuffisamment structurées pour réussir à l’export (Institut Montaigne).

Il n’en reste pas moins qu’en proclamant à tout va que l’emploi est trop cher, les entreprises obtiennent des aides à l’embauche. Lesquelles sont à leurs yeux une juste contrepartie des charges dont on les accable par ailleurs.

Mais l’effet de ces aides sur l’emploi est discutable. Car les entreprises n’embauchent pas parce qu’elles sont aidées pour cela mais parce qu’elles se développent et ont besoin de collaborateurs.

Et la plupart des aides vont à des entreprises qui auraient quand même embauché sans cela.

A savoir les grandes entreprises.

Les petites étant les dindons de la farce.

L’effet de ces aides sur l’emploi est donc marginal (cf : la diminution de la TVA pour les entreprises de restauration, le CICE, etc).

Mais le MEDEF s’en console facilement parce que ces aides ont en revanche un impact non négligeables sur les profits et la rémunération des actionnaires des grandes entreprises cotées en bourse, essentiellement.

Alors je sais qu’on pourra toujours brandir l’exemple d’une TPE ou d’une PME qui a pu bénéficier de ces aides pour se développer pour contredire mon propos.

Chiche, je demande qu’on publie la répartition des aides à l’embauche selon les tailles d’entreprises pour voir ce qu’il en est vraiment.

  • L’un des fondements majeurs de la politique de l’emploi depuis des décennies est le mythe des métiers en tension.

Il y aurait en France des dizaines voire des centaines de milliers d’offres d’emploi qui ne trouveraient pas preneurs. Faute de collaborateurs qualifiés pour occuper les postes en question.

C’est l’escroquerie du siècle.

Il n’y a qu’à consulter la liste publiée par Pôle Emploi des métiers en tension et de la comparer avec la liste des qualifications des demandeurs d’emploi pour s’en assurer.

La réalité est que les (grandes) entreprises préfèrent faire former aux frais de la collectivité des salariés non qualifiés et bénéficier des aides à l’embauche associées, plutôt que d’embaucher des collaborateurs déjà formés qu’elles devraient former et payer au tarif normal.

Et elles y réussissent fort bien puisque l’essentiel des fonds de la formation continue est utilisé pour ce type de formations qualifiantes (répertoriées au NRCP pour accroître encore la main-mise des partenaires sociaux sur ces fonds).

Lesquelles formations sont par ailleurs confisquées au profit des jeunes sortis du système scolaire, sans qualification.

Ce qui est peut-être une bonne mesure d’un point de vue social et sociétal (il faudrait faire le bilan) mais n’a aucun impact réel sur l’emploi.

Les solutions alternatives.

Les TPE de moins de 20 salariés représentent 97,2% des 4 millions d’entreprises françaises et probablement le plus grand réservoir potentiel de création d’emplois.

66.000 d’entre-elles meurent chaque année.

Et la plupart de celles qui franchissent le cap des 20 salariés ne le font qu’en étant absorbées par des entreprise plus grandes, souvent étrangères, qui s’empressent de les délocaliser de façon plus ou moins furtive.

Ou de piller leurs savoir-faire et de les exploiter sous des cieux plus cléments socialement et fiscalement parlant.

Certes toutes ces TPE n’ont pas vocation à se développer mais c’est tout de même le cas de 20 à 25% d’entre-elles.

Elles en sont empêchées par leur déficit de structuration managériale. Autrement dit leurs difficultés à mobiliser les compétences techniques et managériales de bon niveau qui sont nécessaires à la construction et à la conduite de leur développement.

Il n’y aura pas de progression sur le front de l’emploi tant que l’on ne se penchera pas sur les problématiques des TPE face au développement.

Les solutions existent mais vont à l’encontre des intérêts des décideurs.

Elles consisteraient à favoriser le développement des PME et plus particulièrement des plus petites d’entre-elles qui ne pèsent que d’un poids mineur dans le processus de prise de décision.

Et ne sont probablement pas conscientes de leurs réels intérêts.

J’affirme, en connaissance de cause qu’il est nécessaire de les aider à se développer.

Et pas seulement par le biais des aides financières mais par la création de dispositifs d’aide au développement leur permettant de mobiliser à moindre coût les compétences managériales qui leur font défaut.

Ces solutions ont été mise en œuvre à titre expérimental, en Aquitaine, entre 1997 et 210, et elles ont démontré leur efficacité. En matière de stimulation du développement des entreprises. Mais aussi en matière d’insertion pour les collaborateurs qualifiés. Plus particulièrement des seniors et des jeunes diplômés.

Permettant de faire d’une pierre deux coups.

Ces alternatives ont en outre le mérite de ne pas coûter cher à la collectivité. Et pourraient donc être mises en œuvre à moindre coût, ne détournant qu’une faible part des ressources actuellement consacrées à des mesures dont l’efficacité est pour le moins contestable.

Je développe la problématique de la structuration managériale dans le doc : « Pourquoi les PME ont-elles tant de mal à se développer ? »

Et je propose une analyse beaucoup plus complète des problématiques évoquées ici et des solutions à mettre en œuvre dans « La loi du marché » (notamment dans le chapitre 6 consacré aux politiques alternatives de l’emploi).

Patrick Daymand 06 85 20 54 28

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